rapport du ministere de la santé et Inpes sur le tabagisme

TABAC : L’OFFENSIVE Dossier de presse 27 mai 2003

SOMMAIRE

PARTIE I : ÉPIDÉMIOLOGIE DU TABAC EN FRANCE 4

-  66 000 décès attribuables au tabac 4
-  Tabac : première cause de décès évitable 5
-  L’exemple britannique : il est possible de réduire les décès liés au tabac de façon importante 6
-  Prévalence encore élevée du tabagisme chez les médecins généralistes 7
-  Tabagisme féminin : une catastrophe sanitaire à venir 8
-  Tabagisme et pilule, tabagisme et grossesse : deux indicateurs particulièrement alarmants du tabagisme féminin 9
-  Les jeunes Français détiennent le triste record d’Europe du tabagisme 11
-  Consommation du tabac : une évolution sensible aux politiques 12
-  2003 : les chiffres du démarrage de l’action gouvernementale dans la lutte contre le tabagisme 13


PARTIE II : AXES STRATÉGIQUES 14

-  1.LIMITER L’ACCÈS AUX PRODUITS DU TABAC 14

-  Poursuivre la politique fiscale volontariste 14
-  Réduire les possibilités d’accès des jeunes aux produits du tabac 15

-  2. DÉNORMALISER LE TABAC DANS LA SOCIÉTÉ FRANCAISE 15

-  Mise en cause du tabac dans la vie quotidienne 15
-  Une stratégie par étapes pour réduire l’attrait des emballages des produits du tabac 16
-  Faire appliquer l’interdiction des promotions pour les produits du tabac 16
-  Une action européenne et une nécessaire solidarité internationale 16
-  Des campagnes médiatiques offensives 17
-  Libérer le cinéma et la mode de l’influence du tabac 17
-  3. ENCOURAGER L’ARRÊT DU TABAC 17

-  4. RENFORCER L’AIDE DE L’ETAT AUX ASSOCIATIONS LUTTANT CONTRE LE TABAC 18

-  5. RECHERCHE, EVALUATION 19


PARTIE III : LES ACTIONS DE COMMUNICATION 20

-  1.LANCEMENT DE LA NOUVELLE CAMPAGNE DE PRÉVENTION DU TABAGISME
— Goudrons, monoxyde de carbone, acétone, acide cyanhydrique, ammoniac...
— Poursuite de la stratégie visant à dénoncer les composants de la cigarette
-  Le dispositif de communication
-  Le dispositif « emploi jeunes tabac »

2.LES AUTRES ACTIONS DE COMMUNICATION


PARTIE IV : « MODE ET CINÉMA SANS TABAC » : COMMENT LUTTER CONTRE LES REPRÉSENTATIONS POSITIVES DU TABAGISME VÉHICULÉES PAR LES MILIEUX DE LA MODE ET DU CINÉMA 24

-  1.TABAC ET CINÉMA : UN MEME PUBLIC, LES JEUNES 24
— L’influence du cinéma sur les comportements des spectateurs 24
— Le cinéma : un vecteur publicitaire pour l’industrie du tabac ? 25
— Une prise de conscience des professionnels : l’engagement du CNC 27

-  2.MODE SANS TABAC : LES PROFESSIONNELS SE MOBILISENT 29

— Les liens entre la mode et le tabac 29
— Les milieux de la mode et des médias s’engagent dans la prévention du tabagisme 29


ANNEXES 31


les premiers gains étant mesurables d’abord en termes de maladies cardiovasculaires. 12 Cette ONG a été fondée, à Bamako, en décembre 2001, grâce au soutien de la Ligue Nationale contre le Cancer, de l’Union Internationale Contre le Cancer (UICC) et des gouvernements suisse et québécois. 13 Mélihan-Cheinin P et coll. Enquête sur la valorisation du tabac dans les films à grand succès en France, 1982-2001. BEH n° 22/2003, 27 avril 2003. 14 Recommandations pratiques : « Les Stratégies thérapeutiques médicamenteuses et non médicamenteuses de l’aide à l’arrêt du tabac », mai 2003. 15 Banque Mondiale. Maîtriser l’épidémie. 1999. Dans notre pays, les fumeurs représentent plus du tiers de la population. Plus de la moitié déclarent avoir envie de s’arrêter. Dès lors, la politique des pouvoirs publics sera largement renforcée par les actions prioritaires suivantes :
-  améliorer les pratiques de prise en charge des fumeurs et mobiliser davantage l’ensemble des professionnels concernés : des recommandations de bonnes pratiques du sevrage à destination des professionnels de santé, élaborées par un groupe d’experts de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), sous la présidence du professeur Gilbert Lagrue, viennent d’être publiées. Elles doivent être largement diffusées. Le programme de formation continue NICOMEDE du Ministère chargé de la santé, et ses différents dérivés, en constituera un des relais de terrain ;
-  renforcer la couverture géographique des besoins en consultations spécialisées dans les établissements de santé, avec pour objectif au moins une consultation par département, et la mobilisation des maternités par la formation des sages-femmes, avec pour objectif une professionnelle par établissement, apte à prendre en charge l’aide à l’arrêt ;
-  valoriser le dispositif téléphonique d’aide à l’arrêt « Tabac Info Service » (0825 309 310) : les évaluations des expériences étrangères de services similaires et celle de TIS pour la France sont encourageantes16. L’accès du public à l’aide à l’arrêt sera renforcé par l’élargissement du dispositif téléphonique, dont le numéro apparaît dès à présent sur certains paquets de cigarettes avec les nouveaux avertissements sanitaires en application de l’arrêté du 5 mars 2003 conjoint des Ministres de la santé et du budget ;
-  rembourser les médicaments d’aide à l’arrêt : des expérimentations régionales seront conduites afin d’évaluer la pertinence de cette proposition.

4. RENFORCER L’AIDE DE L’ÉTAT AUX ASSOCIATIONS LUTTANT CONTRE LE TABAC Rapports officiels et plaidoyers des associations ont largement souligné le fossé entre les moyens disponibles pour lutter contre le tabac et les enjeux sanitaires, surtout en comparaison avec ceux dont disposent les fabricants. Pour lutter contre cette asymétrie de l’information préjudiciable à la santé publique, il est prévu d’utiliser l’augmentation des taxes pour financer cette politique. Concrètement, le Ministère de la Santé a décidé de consacrer, en 2003, plus de 20 millions d’euros à la lutte contre le tabac, qui se répartissent comme suit :
-  une augmentation des crédits aux associations, en les portant de 0,4 millions d’euros à 7 millions en 2003. 0,4 millions d’euros sont dédiés au fonctionnement des crédits pour la lutte contre les pratiques addictives. 2 millions iront renforcer les moyens des associations nationales, 4 seront affectés à la mobilisation des acteurs en région dans le cadre d’un partenariat entre la DGS et l’INPES sous la forme d’un appel à projets ; plus d’un demi-million d’euros permettront une opération de mobilisation dans les hôpitaux.
-  11 millions d’euros pour les actions de communication de l’INPES, qui peuvent inclure des partenariats avec les associations ;
-  2,2 millions d’euros consacrés au dispositif « emploi jeunes tabac » seront gérés par l’INPES. À côté des crédits de la Direction Générale de la Santé (DGS) et de l’INPES, il convient de rappeler également l’existence des crédits de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) délégués aux associations têtes de réseau, ceux du Fonds national de 16 Wilquin JL, Oddoux K. Impact de Tabac Info Service sur le sevrage : statut tabagique des appelants quatre mois après leur appel, BEH n° 22/2003, 27 mai 2003. prévention, d’éducation et d’information sanitaire (FNPEIS) de l’Assurance Maladie ainsi que les financements versés par la Direction des Hôpitaux et de l’Organisation des Soins (DHOS) dans la lutte contre le tabac (consultations de tabacologie dans les hôpitaux). 5. RECHERCHE, EVALUATION Dans notre pays, la recherche sur le tabac, appréhendée dans la diversité de ses dimensions (recherches en neurosciences et approches cliniques, mais aussi en sciences humaines, sociales et en santé publique), reste lacunaire en regard des enjeux de santé publique. Cette situation est d’autant plus dommageable que l’expérience acquise par d’autres pays, en particulier dans le monde anglo-saxon, montre que la recherche peut largement contribuer à améliorer la pertinence et l’efficacité de la décision et de l’action publique dans ce domaine. À cet égard, il s’agit d’améliorer les connaissances, notamment dans les domaines suivants :
-  meilleure appréhension des évolutions du tabagisme dans notre pays (pour comparaison internationale) et de l’extrême diversité de ce fait de société ;
-  meilleure compréhension des mécanismes mis en jeu dans l’installation et le maintien de la dépendance au tabac, avec la possibilité corrélative d’identifier des facteurs clés pour la réussite des tentatives d’arrêt et des protocoles de sevrage comme des actions de prévention ;
-  définition des indicateurs validés et de protocoles d’évaluation permettant de mesurer les effets des politiques publiques et d’affiner sur cette base leurs modes d’intervention.

Le Ministère de la Santé a entamé un travail d’identification des axes de recherche prioritaires, en particulier avec l’appui de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt). Une organisation plus efficace des efforts des différents partenaires concernés sera proposée. PARTIE III : LES ACTIONS DE COMMUNICATION 1. LANCEMENT DE LA NOUVELLE CAMPAGNE NATIONALE DE PREVENTION DU TABAGISME Goudrons, monoxyde de carbone, acétone, acide cyanhydrique, ammoniac... Poursuite de la stratégie visant à dénoncer les composants de la cigarette Pour faire face à cet enjeu majeur de santé publique, le Ministère de la Santé et l’INPES lancent une nouvelle campagne de communication. Son objectif est de réalerter l’opinion publique et en particulier les fumeurs sur les risques liés au tabagisme. Le tabac provoque des cancers, des maladies respiratoires et cardiovasculaires. La fumée de cigarette est composée de plus de 4 000 substances, dont plus de 40 cancérigènes. Elle renferme des gaz toxiques (monoxyde de carbone, oxyde d’azote, acide cyanhydrique, ammoniac...) et des métaux lourds (cadmium, mercure, plomb, chrome...). Les goudrons sont notamment très nocifs. Un grand nombre de ces substances est ignoré des consommateurs. Véritable poison, la cigarette tue un fumeur sur deux. Cette nouvelle campagne de communication grand public s’inscrit dans la continuité de la stratégie engagée en 2002, axée sur la dénonciation des composants de la cigarette. En effet, en juin 2002, le Ministère de la Santé et l’INPES diffusaient une campagne révélant les produits méconnus de la fumée de cigarette. Cette thématique a été développée tout au long de l’année17. Les résultats de cette campagne confortent cette stratégie : outre le fait que, immédiatement, elle a été très bien mémorisée par la population, 8 mois encore après sa diffusion18, elle recueille des scores d’implication particulièrement élevés. Ainsi, se sont sentis impliqués par la campagne :
-  68 % des personnes interrogées
-  72 % des fumeurs interrogés L’impact plus concret de la campagne se manifeste par le souhait de 8 fumeurs sur 10 d’arrêter de fumer.

Elle a également incité la moitié des fumeurs interrogés à réfléchir sur leur tabagisme et un tiers à s’arrêter de fumer. Parmi les fumeurs qui déclarent ne pas avoir l’intention de s’arrêter (les plus réfractaires), la campagne a obtenu des résultats encourageants :
-  près de la moitié d’entre eux se dit incitée à réfléchir sur son tabagisme après la campagne. - 1 sur 6 d’entre eux se déclare incité à arrêter.

Ces résultats montrent que la présence des composants de la cigarette est une information encore peu connue de la population. Elle permet de faire réfléchir le fumeur sur son comportement et contribue à dénormaliser le produit en en rappelant le caractère hautement toxique. Cette stratégie est donc poursuivie en 2003. 17 Spot TV « Benne à ordure » ; Spot Radio « Essence sans Plomb » 18 Un post test a été réalisé juste après la première diffusion « Post test quantitatif-Demoscopie/INPES -juillet 2002 » puis un autre a été réalisé 8 mois après, afin d’évaluer les traces mémorielles, « Post test quantitatif-Demoscopie/INPES-juillet 2002 ». Tableau 1 : L’évaluation de la campagne " Révélation " : principaux résultats (diffusion du 23 juin au 7 juillet 200219)

Le dispositif de communication Campagne télévisée : la cigarette, un déchet La campagne télévisée rappelle les produits contenus dans la cigarette et associe l’univers du fumeur à celui des déchets et des ordures ménagères. Le message est clair : en fumant et en absorbant les produits contenus dans la cigarette, le fumeur est transformé en poubelle. Ce spot sera largement diffusé du 28 mai au 29 juin 2003 sur l’ensemble des chaînes hertziennes et la plupart des chaînes du câble et du satellite. Campagne d’affichage : la cigarette, un fût chimique Parallèlement une campagne d’affichage associant la cigarette à des fûts chimiques dénoncera la haute toxicité de la cigarette, véritable usine chimique : « C’est surprenant tout ce que l’on peut mettre dans une cigarette ». Cette campagne sera diffusée du 26 mai au 3 juin sur les réseaux d’affichage nationaux grands formats. Campagne radio : plomb de la cigarette et essence sans plomb Enfin, une campagne radio diffusée au moment du pont de l’Ascension et du week-end de la Pentecôte alertera l’automobiliste fumeur, dans sa voiture, pour pointer la contradiction qu’il y a à utiliser de l’essence sans plomb et à continuer à avaler le plomb qui se trouve dans la fumée de cigarette. Cette campagne sera diffusée sur les grandes radios nationales. « Post test quantitatif-Demoscopie/INPES -juillet 2002 » Le dispositif "emplois jeunes tabac" Des actions de terrain seront menées dans le cadre du dispositif « emploi jeunes tabac ». La Journée mondiale sans tabac constitue un temps fort de mobilisation pour les acteurs de la prévention du tabagisme que sont les comités régionaux et départementaux d’éducation pour la santé, les comités de la Ligue contre le cancer, les comités de lutte contre les maladies respiratoires, les équipes éducatives et les élèves des établissements scolaires, les professionnels de santé, du secteur social ...

Cette journée est aussi l’occasion de valoriser les nombreuses actions éducatives de proximité menées tout au long de l’année auprès des jeunes scolarisés ou en insertion, des étudiants, des femmes (notamment les femmes enceintes), des salariés en entreprise et des publics en situation précaire.

Le dispositif de renforcement des actions de proximité en prévention du tabagisme soutenu par l’Etat, la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts) et par l’INPES, permet notamment à 84 comités d’éducation pour la santé, présents dans 15 régions et 69 départements de France, de financer la mise en œuvre de plus de 300 actions. Celles-ci auront pour objectif de prévenir l’initialisation du tabagisme et d’aider à l’arrêt. Dans le cadre du plan national de mobilisation contre le cancer, le Ministère chargé de la santé et l’INPES viennent également de lancer un appel à projets. Ce dernier permettra notamment de développer des actions en prévention du tabagisme au niveau régional, et prioritairement en milieu scolaire.

2.LES AUTRES ACTIONS DE COMMUNICATION PREVUES POUR L’ANNEE 2003 D’autres temps forts de communication sont prévus en 2003, notamment l’entrée en vigueur de la directive européenne 2001/37/CE sur l’étiquetage et le conditionnement des produits du tabac qui imposera, à partir d’octobre 2003, d’inscrire de façon visible des messages de prévention sur les paquets de cigarettes : 14 messages de prévention seront imprimés alternativement et occuperont 50 % de la surface des paquets de cigarettes.

Parallèlement à cette actualité, des campagnes de communication grand public et des actions ciblées en direction des femmes et des adolescents seront mises en place :

-  Auprès du grand public : une campagne radio « Conseils de tabacologues » sera rediffusée en juillet sur les grandes stations nationales. S’il semble nécessaire de rappeler la nocivité du tabac, il importe également d’aider les fumeurs dans leur démarche d’arrêt. Cette campagne vise donc à renforcer les motivations à l’arrêt et donne des conseils pratiques sur la démarche à entreprendre. Un guide pratique d’information et d’aide à l’arrêt est disponible sur commande à l’INPES. Il est diffusé chaque année à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Ce guide « J’arrête de fumer » est, de plus, accessible de manière interactive sur le site www.inpes.sante.fr.

-  Auprès des jeunes : une campagne radio et Internet ciblée sera diffusée à l’automne. Elle vise à montrer aux jeunes qu’ils ne sont ni libres, ni autonomes lorsqu’ils fument :
-  parce qu’ils sont victimes du marketing des fabricants de tabac ;
-  parce que la cigarette est un produit fait pour rendre dépendant. Des actions spécifiques seront mises en place à destination des jeunes filles en partenariat avec M6. Enfin, sur la base de ce qui a été fait avec la presse féminine (signature de la Charte « Pages sans fumée »), un travail sera engagé avec les médias destinés aux jeunes, notamment la presse, autour d’une charte de bonnes pratiques.

-  Auprès des femmes : le partenariat avec la presse féminine sera poursuivi. Le magazine « Femmes sans fumée » réalisé en novembre 2002 avec une dizaine de titres de la presse féminine sera diffusé largement. Des documents d’informations ciblées pour les femmes et les femmes enceintes (brochure « Femmes et tabac », brochure « Protéger votre grossesse, c’est aussi protéger votre enfant ») seront également diffusés par l’intermédiaire, entre autres, des professionnels de santé, tout au long de l’année.

Enfin, le service offert par la ligne téléphonique, TABAC INFO SERVICE, sera développé pour répondre à l’augmentation des appels. Cette ligne est destinée à informer, soutenir et accompagner les fumeurs dans leur démarche d’arrêt en mettant à leur disposition des tabacologues.

Tabac Info Service en quelques chiffres La ligne Tabac Info Service reçoit environ 25 000 appels chaque année (60 % de femmes, 62 % de fumeurs réguliers, la plupart des appelants ayant entre 30 et 49 ans). Selon une étude Sofrès conduite fin 2002 :
-  29 % des appelants déclarent ne plus fumer 3 mois après avoir appelé Tabac Info Service. - 78 % déclarent que Tabac Info Service les a aidés dans leur démarche d’arrêt. - 73 % déclarent que la ligne leur a permis d’accroître leur motivation à l’arrêt du tabac. - 56 % déclarent que Tabac Info Service a diminué leurs craintes relatives à l’arrêt du tabac. PARTIE IV : « CINEMA ET MODE SANS TABAC » COMMENT LUTTER CONTRE LES REPRESENTATIONS POSITIVES DU TABAGISME VEHICULEES PAR LES MILIEUX DE LA MODE ET DU CINEMA En retenant « cinéma et mode sans tabac » comme thème de célébration de la Journée mondiale sans tabac 2003, l’Organisation Mondiale de la Santé entend sensibiliser les secteurs de la mode et du cinéma à l’influence qu’ils peuvent avoir sur l’opinion publique, et notamment sur les jeunes et les femmes, à travers les représentations du tabac qu’ils véhiculent. Ces univers très médiatiques créent des codes, renforcent des valeurs, diffusent des modèles et créent des tendances. C’est pourquoi, l’industrie du tabac, dont la stratégie marketing s’appuie sur la construction de références, s’est efforcée de placer ses produits dans les films et les milieux de la mode. Dans l’objectif de mettre à profit la puissance médiatique et symbolique de ces univers pour valoriser et promouvoir les produits du tabac. 1.TABAC ET CINEMA : UN MEME PUBLIC, LES JEUNES Valorisation du tabac au cinéma : que dit la loi Evin ?20

L’interdiction de toute publicité et promotion en faveur des produits du tabac, qu’elle soit directe ou indirecte, vise à contrer la valorisation des produits du tabac et à supprimer toute incitation à fumer. En France, la réglementation dans ce domaine est très claire : « Toute propagande ou publicité, directe ou indirecte, en faveur du tabac ou des produits du tabac ainsi que toute distribution gratuite sont interdites ». Toute opération de parrainage est interdite lorsqu’elle a pour objet ou pour effet la propagande ou la publicité directe ou indirecte en faveur du tabac ou des produits du tabac. Les infractions à ces dispositions sont passibles d’amendes. L’influence du cinéma sur les comportements des spectateurs Plusieurs études montrent que le cinéma peut influencer le comportement tabagique. Stanton Glantz, de l’université de Californie à San Francisco, démontre que les représentations véhiculées par le cinéma jouent un rôle dans le développement du tabagisme et de son acceptabilité sociale21 : les jeunes qui voient des acteurs fumer à l’écran ont davantage tendance à fumer eux-mêmes. Une autre étude réalisée par JD Sargent confirme l’influence que le cinéma peut avoir sur le comportement tabagique des spectateurs, notamment les plus jeunes. Ainsi, les jeunes non-fumeurs dont les vedettes préférées fument fréquemment à l’écran, sont seize fois plus enclins à avoir des attitudes positives vis-à-vis de la cigarette22. L’étude montre que sur les adolescents qui ont vu plus de 150 scènes où l’on fume au cinéma, au théâtre, dans les vidéos, ou à la télévision, 31 % ont eux-mêmes fumé, contre seulement 4 % de ceux qui ont vu moins de 50 scènes23. 20 Loi n°91-32 du 10 janvier 1991 relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, dite Loi Evin 21 Glantz SA. « Smoking in teenagers and watching films showing smoking », British medical journal 2001, 323 : 1378-1379 22 Sargent JD et coll. “ Effect of seeing tobacco use in films on trying smoking among adolecents : cross sectionnal study” British medical journal 2001, 323 : 1394-1397 23 Document OMS « cinéma sans tabac, mode sans tabac : Action ! » 31 mai 2003 Le cinéma : un vecteur publicitaire pour l’industrie du tabac ? Le lien entre le fait de fumer et le fait d’avoir vu de nombreux films où ce comportement apparaissait est donc aujourd’hui clairement établi. L’acte tabagique est totalement banalisé. Le cinéma est porteur de valeurs, de représentations sociales qui épousent la société dans laquelle il prend place et, en même temps, contribue à construire des idéaux, des modèles auxquels les individus, notamment les plus jeunes, sont particulièrement sensibles. Il arrive toutefois que la valorisation des produits du tabac ne soit pas fortuite, et liée à la seule volonté créative. L’industrie du tabac n’ignore pas que le cinéma est un excellent vecteur publicitaire pour promouvoir ses produits.

Aujourd’hui, davantage contrôlés par des accords et des législations, certains fabricants de tabac trouvent d’autres moyens pour placer leurs produits dans des films. Ils consentent par exemple aux producteurs des contreparties sous forme de cigarettes gratuites, de dons, de service ou d’argent liquide24. La publication des documents internes de l’industrie du tabac aux Etats-Unis a rendu publiques ces stratégies de publicité clandestine.

C’est dans ce contexte que le Ministère de la Santé en partenariat avec la Ligue Nationale contre le Cancer et le Centre National de la Cinématographie (CNC), a réalisé une enquête dressant un état des lieux de la présence du tabac dans les 200 films ayant fait le plus d’entrées en France de 1982 à 200125. Les résultats de cette étude montrent que :

-  Les scènes où des acteurs fument sont des scènes du quotidien

La cigarette représente l’essentiel du tabac fumé de ces films (69 %), suivie par le cigare (18 %) et la pipe (7 %). Les autres produits du tabac (à rouler ou à chiquer) ainsi que les substances illicites (cannabis ou autre) ne représentent que 5,5 % des apparitions à l’écran. Le cigare apparaît largement sur-représenté par rapport à la réalité de sa consommation. Les scènes où des acteurs fument ont lieu le plus souvent en voiture ou à la maison, et à l’extérieur. Les apparitions dans les lieux publics tels que les magasins et les cinémas ne représentent que 4 %, dans les établissements scolaires et sportifs, que 1,5 % et dans les hôpitaux, moins de 1 %.

Cette étude a montré que les scènes de tabagisme présentées dans les films ne sont pas particulièrement liées à un état de stress ou de souffrance, elles ne renvoient pas non plus à une situation de bien-être et de convivialité.

L’acte tabagique est donc présenté de façon complètement banalisée dans 80 % des cas, que ce soit pour la cigarette, le cigare et la pipe. Le cigare est toutefois plus lié aux situations de convivialité et de bien-être qu’aux situations de stress, contrairement à la cigarette qui est représentée de la même façon dans les deux situations. Le cannabis est autant représenté dans les situations de convivialité et de bien être que dans des situations banales, sans spécificité émotionnelle. 24 « Cinéma sans Tabac, Mode sans Tabac : action ! », Organisation Mondiale de la Santé, 2003 25 Direction Générale de la Santé / Ligue Contre le Cancer / Ipsos mars 2003 Les scènes où des acteurs fument restent plus fréquentes dans les films français que dans les productions étrangères. Depuis 1982, dans les films ayant fait le plus grand nombre d’entrées en France, le nombre de scènes où les acteurs fument a tendance à diminuer même si, d’une année à l’autre, il fluctue. Pour les films provenant des Etats-Unis et d’une collaboration européenne, il est important de constater que les scènes où un personnage fume sont moins fréquentes que dans les films produits en France. Les autres films (Australie, Botswana et Nouvelle-Zélande) présentent un même risque d’apparition que les films français. Selon les auteurs, la présence plus accentuée du tabac dans les films français que dans les productions nord-américaines, traduit peut-être un retard dans l’évolution des attitudes et des comportements des Français vis-à-vis du tabac, par rapport aux Anglo-saxons.

La fréquence des scènes où un personnage fume varie également en fonction de la nature du film. Elle augmente dans les films historiques et films de guerre, et dans une moindre mesure dans les films policiers et films à suspense. Elle est moindre dans les films d’action, aventure, catastrophe, et dans les films fantastiques et de science-fiction par rapport aux comédies.

Le risque d’apparition de scènes de tabagisme est multiplié par près de 2 pour les films nécessitant l’accord parental et les films interdits aux moins de 12 ans. Il est le même dans les films interdits aux moins de 16 ans et dans les films tous publics. Le risque d’apparition d’acteurs qui fument augmente :
-  de 22 % quand le personnage principal du film est une femme,
-  de près de 100 % quand le personnage principal du film est un représentant de la loi... Par ailleurs, dans presque 80 % des films visionnés, au moins un objet (cendrier, allumettes, briquet...) rappelant le tabac a été observé. Ces apparitions sont très différentes suivant les films. Ce risque est réduit pour les films provenant des Etats-Unis, d’une collaboration européenne et autres (Australie, Botswana et Nouvelle-Zélande) par rapport aux films français.

-  Une marque identifiable de tabac apparaît dans 31 % des films français

Sur les 98 apparitions notées, les marques qui apparaissent le plus à l’écran sont les marques les plus connues : Gitanes (16 occurrences), à égalité (8 apparitions), les Gauloises, Camel pour les films français, Lucky Strike pour les Etats-Unis. On constate ainsi que les marques les plus présentes dans les films semblent aussi être celles qui occupent la part de marché la plus importante dans les pays de production. Marlboro (24) est la seule marque à être représentée quel que soit le pays du film et autant de fois dans les films américains que français.

Une marque est visible dans 31 % des films français analysés mais seulement dans 16 % des films américains.

Pour les films français, le nombre d’apparitions d’une marque de tabac est de 32 fois dans 15 films avant 1991 et elle est de 33 fois dans 10 films après 1991. Le nombre de films français laissant apparaître une marque de tabac après la loi de 1991 semble indiquer au mieux une ignorance de la loi en vigueur, au pire une action délibérée de placement de produit. Pour les films américains, le nombre d’apparitions d’une marque de tabac est de 17 sur 7 films avant 1991 et elle est de 13 sur 9 films après 1991. Une prise de conscience des professionnels : l’engagement du CNC Dans l’ensemble, les résultats de cette enquête sont cohérents avec les tendances connues en matière de consommation. La diminution de la présence du tabac au cinéma pourrait refléter l’évolution de la norme sociale plus défavorable au tabagisme dans les sociétés développées.

Cette étude montre que, loin d’être insignifiante, la présence du tabac au cinéma, et notamment en France, persiste malgré la mobilisation des autorités sanitaires des principaux pays producteurs de ces films. L’attention des professionnels du cinéma mérite d’être attirée sur la nécessité d’être vigilant sur l’insertion du tabac dans leurs créations. Ainsi, l’OMS lance un appel àl’industrie du cinéma26. C’est dans cet esprit que le CNC s’est mobilisé aux côtés du Ministère chargé de la santé, l’INPES et la Ligue Nationale contre le Cancer sur cette thématique. Le CNC a la responsabilité de l’ensemble des mécanismes de soutien financier au cinéma, qu’il s’agisse de la production, de la distribution ou de l’exploitation. Il encourage la création cinématographique et le pluralisme de la diffusion et de l’exploitation. Il veille à la plus large diffusion des œuvres et à l’équilibre entre les différentes formes d’exploitation. Le CNC joue un rôle fédérateur dans la profession en communiquant auprès des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel. Dans le cadre de ses missions, le CNC entend mettre à profit la Journée mondiale sans tabac 2003 pour rappeler à ses partenaires l’influence du tabac au cinéma et la législation en ce domaine. 26 Document OMS « Cinéma et mode sans tabac : Action ! » - 31 mai 2003 Un mémo réalisé par le Ministère de la Santé, la Ligue contre le Cancer et l’INPES, sera ainsi diffusé aux professionnels du cinéma.

Il fait le point sur :
-  l’influence des modèles proposés dans les films, en particulier auprès des jeunes ;

-  la loi Evin, en rappelant notamment l’interdiction de toute publicité directe ou indirecte en faveur du tabac, ainsi que les mesures de protection des non-fumeurs sur les plateaux, les studios de tournage etc. En France, il est en effet interdit de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif fermés et couverts, accueillant du public ou qui constituent des lieux de travail, tels que les studios, les plateaux de tournage... Cette disposition vise à protéger les non-fumeurs qui, victimes du tabagisme passif, encourent des risques importants pour leur santé, et à aider également les personnes qui ont décidé de s’arrêter.

À noter : Stan Glantz (cf. supra) est responsable d’un programme anti-tabac dénonçant l’usage intensif et exagéré des cigarettes dans le cinéma. À ce titre, il a pris l’initiative de faire afficher, pendant le Festival de Cannes, sa protestation, sur la Croisette, sur 7 panneaux d’affichage électronique.

2. MODE SANS TABAC : LES PROFESSIONNELS SE MOBILISENT

Les liens entre la mode et le tabac Les liens entre la mode et le tabac sont anciens. La cigarette, lancée comme un produit de consommation courante au début du vingtième siècle, a d’abord séduit les élites, les milieux bourgeois aristocratiques ou artistiques. Les milieux de la mode n’ont pas échappé à cet intérêt pour le tabagisme, assimilé à la séduction, au glamour, à la virilité ou à la féminité, à une vision de la modernité.Les représentations de mode ont ainsi longtemps utilisé la cigarette comme accessoire pour contribuer à créer une atmosphère. Ces représentations étaient aussi en phase avec la réalité sociologique de l’époque : le tabac était encore très largement valorisé dans la société et les risques étaient largement occultés.

Toutefois, l’utilisation-valorisation du tabac par les milieux de la mode ne relève pas toujours uniquement de partis pris esthétiques, culturels ou sociaux. L’industrie du tabac a très vite compris, comme dans le cas du cinéma, qu’elle pouvait exploiter le pouvoir médiatique du milieu de la mode pour valoriser ses produits. L’industrie du tabac s’efforce d’intégrer le tabagisme aux canons de la mode pour faire du tabac un accessoire à la mode et tendance. Certaines marques de cigarettes ont même favorisé le lancement de produits dérivés (vêtements, montres ...).

Les milieux de la mode et des médias s’engagent dans la prévention du tabagisme Les milieux de la mode et des médias sont de moins en moins dupes des pratiques des fabricants de tabac. En France, par exemple, les grands magazines féminins27 ont signé, en 2001, avec le soutien du Ministère de la Santé et l’INPES, une charte de bonnes pratiques, la charte « Pages sans fumée ». Cette charte est née du constat que, malgré l’interdiction de publicité, la cigarette restait encore trop souvent un symbole de séduction et d’émancipation porté par la présence dans le cinéma ou les photographies de mode de nombreuses femmes fumeuses. Ainsi, la presse féminine s’est engagée de façon officielle à ne pas promouvoir une image positive du tabac, c’est-à-dire :

-  à éviter de montrer des personnes en train de fumer,

-  à ne pas faire référence aux plaisirs de la cigarette,

-  à favoriser l’information des lecteurs sur les risques liés au tabagisme,

-  et enfin à refuser toute association directe ou indirecte avec l’industrie du tabac.

En 2002, les grands titres de la presse féminine se sont à nouveau associés à l’INPES pour éditer un magazine " Femmes sans fumée ", diffusé à plus de 400 000 exemplaires. Au-delà de la presse, certains professionnels de la mode eux-mêmes sont de plus en plus vigilants quant à l’influence qu’ils peuvent exercer à travers leur travail. Ainsi, le célèbre photographe italien Oliviero Toscani (Benetton) a changé de cap et est devenu collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé dans sa lutte antitabac. 27 Marie Claire, Côté Femme, Avantages, Votre beauté, Elle, Madame Figaro, Femme actuelle, Vital, Isa, Prima, Marie-France, 20 ans, Version Fémina, Vivre au Féminin, Maxi, Modes & travaux.

En lien avec l’INPES, l’agence Elite Model France mène une opération de sensibilisation. Sous son égide, trois tops models, Rebecca Dayan, Maria Del Mar et Sophie M., ont gracieusement accepté de prêter leur image à la lutte contre le tabac. Ainsi, elles posent sous l’œil du photographe David Ledoux, arborant un tee-shirt sur lequel il est écrit " fumer nuit à mon corps ". Cette photographie sera proposée pour être reprise dans les magazines de mode, les magazines féminins, la presse people, ainsi que dans la presse spécialisée auprès des adolescents, afin de sensibiliser particulièrement les femmes et les jeunes filles. Afin de montrer que les milieux de la mode sont de plus en plus sensibles au problème du tabac, la styliste Corine Cobson et Jean-Pierre Mocho, Président de la Fédération Française du Prêt à porter Féminin, se mobilisent aux côtés du Ministère de la Santé et de l’INPES, pour relayer les messages de prévention au sein de leur secteur d’activité. Le travail engagé par l’INPES pour mobiliser les médias sur la prévention du tabagisme se poursuit. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de dénormalisation du tabagisme. ANNEXES ANNEXE 1 Comment l’industrie du tabac essaie-t-elle de contourner les interdictions de la loi Evin ? Extraits de l’annexe 1 « Tabac alcool » Rapport d’orientation sur le cancer remis le 16 janvier 2003 au Président de la République http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/cancer/annexe 1. pdf De la publicité indirecte pour l’industrie du tabac À la suite de la plainte du Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) contre les campagnes pour les chemises Winston Spirit, la police française a saisi des documents internes lors d’une perquisition effectuée le 2 février 1995 dans les locaux des sociétés Worlwide Brands Inc. et Reynolds Tobacco France. Ainsi, le « 1992-1996 Strategic Plan » de la société R.J. Reynolds Tobacco France, daté de 1992 (traduction française certifiée 01.08.95), livre le plan de contournement de l’interdiction de publicité pour le tabac, édictée par la loi Evin, en particulier par le biais des activités dites « de licence de logo » (notamment par les marques Winston Spirit, Winston Way, Winston Legend Festival, Camel Trophy, Camel Montres, Camel Boots ...). Il y est notamment précisé que : « L’absence d’activités de licence de logo bien établies devrait créer de gros problèmes de communication pour la SEITA à partir de 1993. » (D. 344, p. 6)

« Philip Morris France : activités de licence de logo bien établies permettant à PMF d’être dans une position relativement forte dans le nouvel environnement légal. » (D. 345, p. 5)

« Il faudra [...] mettre en place un changement progressif pour passer des outils de communication utilisés actuelement à des activités de licence de logo afin de maintenir la continuité en matière de communication. » (D. 349, p. 1) Les décisions des juges en France Les campagnes de publicité indirecte pour des marques de cigarettes ont constitué la majeure partie des débats devant les cours. Sous l’empire de la loi Veil, la jurisprudence avait déjà condamné ce type d’opération publicitaire. Ainsi, la Cour de cassation a confirmé, dans un arrêt du 24 novembre 1987, la condamnation de la société Philip Morris France pour une campagne de ligne de vêtements baptisée "Marlboro Leisure Wear". Lors des débats parlementaires préparatoires au vote de la loi Evin en 1990, les opérations de type Camel Trophy ou Peter Stuyvesant Travel avaient été citées comme exemples à interdire.

En ce qui concerne la loi du 10 janvier 1991, la Cour de cassation fait une lecture très restrictive de la possibilité d’exemption à l’interdiction formulée à l’alinéa 2 de l’article 3 de la loi précitée, sur laquelle les débats devant les tribunaux s’étaient fortement portés dans les cinq premières années d’application de la loi Evin. L’existence d’un lien juridique ou financier « fût-il indirect ou occasionnel » suffit à rendre cette exemption caduque. Ainsi, la chambre criminelle de la Cour de cassation, dans son arrêt du 10 avril 1997 estime que : « La dérogation au régime de la publicité indirecte en faveur du tabac, au sens de l’article précité, est exclue pour les produits commercialisés, même avant le 1er janvier 1990, par les entreprises qui, sans constituer juridiquement et financièrement une entité avec celle qui fabrique, importent ou commercialisent du tabac ou un produit du tabac, se rattachent à cette dernière par un lien juridique ou financier, fût-il indirect ou occasionnel. »